La sagesse de l’escargot    Association d’Objecteurs de Croissance

Moins de biens, plus de liens
La simplicité volontaire :
un nouvel engagement social

Émeline de Bouver, Couleur Livres, 2008

Certains mémoires d’université ont la chance de connaître une destinée éditoriale, comme celui d’Émeline de Bouver, fraîchement diplômée de l’UCL. Avec une grande clarté d’idées, de style et de structure, la jeune auteure propose ce qu’on peut voir comme le premier guide de la simplicité volontaire en Belgique. Adhérant elle-même à ce mouvement, elle évite néanmoins d’en faire une lourde propagande, préférant brosser un tableau d’ensemble des principes éthiques et philosophiques qui animent les « simplicitaires », ainsi que des modes de vie qu’ils adoptent en rupture avec le productivisme et le consumérisme ambiants, mais sans en dissimuler les difficultés et les paradoxes.

Venue du Québec et des États-Unis, la simplicité volontaire fait son nid chez nous depuis 2005, grâce à l’impulsion de deux membres des Amis de la Terre, Dominique Masset et Ezio Gandin. Actuellement, plusieurs groupes existent en Wallonie et à Bruxelles. Émeline a soumis plusieurs simplicitaires au jeu de l’entrevue sociologique afin de recueillir leurs impressions sur le vif, qu’elle a reliées ensuite à des considérations théoriques. La simplicité volontaire naît du désir individuel de changer sa vie dans un sens plus responsable envers l’humanité et la nature. « Moins de biens, plus de liens » est le slogan qui la résume. La démarche philosophique postule l’interdépendance de toutes choses dans l’univers — le sentiment de reliance — et s’inspire, entre autres, de Ghandi, Henry D. Thoreau, Ivan Illich, André Gorz, Dominique Meda, Juliet Schor, Mary Grigsby et Serge Mongeau. D’individuelle, elle peut devenir collective et déboucher sur l’action politique. Les deux champs sur lesquels les simplicitaires se concentrent sont le temps — qu’ils veulent récupérer à leur profit plutôt que de le donner à la machine économique — et le travail, dont ils veulent diminuer l’emprise sur leur existence. À l’inverse du président français, ils prônent le « consommer moins pour travailler moins » et font d’une pierre deux coups, car, en consommant moins, l’empreinte écologique diminue aussi d’autant. La simplicité volontaire est en rapport plus ou moins étroit avec d’autres mouvements : avant tout l’objection de croissance, mais aussi le « développement durable » (quoiqu’on en pense), l’altermondialisme, le minimalisme, les créatifs culturels et même l’écologie radicale. Christian Arnsperger, professeur d’éthique économique et sociale à l’UCL et directeur de mémoire de l’auteure, signe la préface. Il voit dans la simplicité volontaire les prémisses d’un changement social de grande ampleur : « […] l’avenir de notre bien et de nos liens, l’avenir de notre rêve d’un monde apaisé et serein, passe (très) probablement par la simplicité volontaire. » (p. 7)

Bernard Legros